Réinventer vos missions, préparer vos équipes, tenir la gouvernance de l'IA. Un parcours mesuré, en forfait projet, qui rend votre cabinet autonome.
J'installe l'IA dans les cabinets comptables, conformité comprise.
Installer l'IA au cabinet, sans perdre l'humain. Lire la transcription
Transcription nettoyée et structurée par thèmes d'un entretien vidéo dans lequel Nathalie Falsimagne revient sur son parcours d'experte-comptable et sur sa vision de l'IA au cabinet. Les propos ont été fidèlement repris, débarrassés des hésitations orales.
Souvent, c'est une blessure qui nous fait avancer : on subit quelque chose, et c'est le propre de l'humain d'en faire un moteur. Après quinze ans de cabinet, je sentais que je n'étais pas allée au bout de quelque chose. On a de grandes idées, des projets, mais on est tellement englué dans les obligations administratives de la profession que la mission de conseil, dont on parle depuis des décennies, reste difficile à mettre vraiment en pratique. Chaque année, je répétais à mon équipe : il faut inverser la tendance, viser 80 % de conseil et 20 % de saisie. Pour cela, il faut des outils, mais les outils ne suffisent pas ; et quand on parle d'IA et d'automatisation, on oublie parfois l'essentiel : l'humain doit rester au centre.
J'ai eu des parents indépendants, commerçants : je ne me voyais pas salariée. Les études sont longues, et j'ai eu deux enfants entre-temps. Le diplôme en main, je n'ai pas traîné. C'est aussi un milieu très masculin ; sortir du lot en tant que femme, mettre des choses en place plutôt que rester spectatrice, cela comptait. Je me suis installée à Rebais, une petite commune, alors qu'on me poussait vers les grandes villes : je voulais la proximité, c'était mon slogan, « l'expertise comptable de proximité ». Je suis partie avec six dossiers, un emprunt, sans racheter de clientèle : un vrai risque. Très vite, j'ai mis les mains dans l'écosystème informatique, et cela m'a plu. J'ai toujours été une geek dans l'âme, mais une geek humaine : j'ai besoin de comprendre les mécanismes, sans oublier que le principal, c'est le client. Dès que quelqu'un passe la porte, l'écoute active est primordiale.
Dès le départ, j'ai travaillé un partenariat avec le système bancaire. Avant même d'ouvrir, j'ai contacté les banques de Coulommiers pour leur proposer un échange de bons procédés : je leur envoie des clients, elles m'en envoient. Le banquier fait partie des interlocuteurs privilégiés d'un entrepreneur, comme l'assurance. C'était un mini-réseau d'affaires, avant les plus grands que j'ai animés ensuite. Quand un client a besoin d'un financement, si le comptable et la banque travaillent ensemble, tout va beaucoup plus vite. Contrairement à beaucoup de cabinets qui se cachent un peu, le mien ressemblait à un commerce : les gens entraient facilement.
J'étais déjà dans la gestion proactive, pas seulement la révision de fin d'année. J'ouvrais les relevés le matin, comme un banquier, pour détecter une anomalie et appeler le client tout de suite. J'aimais accompagner : repérer la hausse d'un poste, suivre la rentabilité au mois. Aux entretiens de bilan, je prenais le temps de parler des projets personnels et professionnels, parce qu'un entrepreneur, c'est les deux. Je me servais d'un outil de bilan imagé, très parlant, où je glissais des slides selon les besoins que mes collaborateurs et moi avions repérés. Et j'adorais le tableau blanc : j'éteignais l'écran et je faisais la maîtresse d'école, parce qu'une image vaut mieux qu'un long discours. Ma règle : allez sur l'île de votre client, ne restez pas sur la vôtre, et laissez tomber le jargon qu'il ne comprend pas.
Le recrutement est un défi permanent : rien ne garantit qu'une personne reste, et chaque départ me touchait. Ce qui m'a sauvée, c'est le développement personnel, que je glissais dans notre obligation de formation. S'installer dans une petite commune aide à fidéliser. On a été précurseurs du télétravail, avant le Covid, et sur des semaines aménagées : une collaboratrice faisait ses 35 heures sur cinq jours et demi pour se libérer le vendredi après-midi. Comme employeur, on veut toujours garder le contrôle quand les gens ne sont pas là, mais tout peut attendre : on n'est pas dans le médical, il n'y a pas mort d'homme. Et en cabinet, il y a toujours de l'entraide : si une collègue est absente, une autre répond.
J'ai beaucoup investi dans l'écosystème ACD : je crois avoir été l'une des rares à utiliser tous leurs outils, jusqu'au CRM et à la gestion interne. Changer d'éditeur coûte un bras, mais cela m'a permis de faire de la révision comptable le cœur du réacteur : en la paramétrant tout au long de l'année, au fil de la saisie, on absorbe un gros travail avant le bilan. J'avais aussi mis en place la comptabilité de trésorerie : le client annexe ses justificatifs dans l'ordre du relevé, ce qui simplifie tout et fiabilise la saisie. Et je centralisais tout, documents (GED) comme mails, parce qu'avant un rendez-vous il faut le contexte, et si l'information est dispersée, c'est impossible. Pour la paie, j'ai fini par quitter un outil devenu une usine à anomalies, pour passer sur Silae.
On ne gère pas un cabinet sans l'adhésion de l'équipe. Je suis partie le jour où je l'ai perdue et où je ne me sentais plus crédible. La facture électronique arrivait, le Covid m'avait fait perdre mes repères, mes équipes étaient en visio, et je m'étais un peu dispersée dans d'autres directions. Le déclencheur : au congrès de l'Ordre, j'avais repéré un nouvel éditeur qui, pour moi, était la suite logique. La démonstration devant deux collègues s'est mal passée pour un simple bug, l'un est revenu négatif devant l'équipe, et mon château de cartes est tombé. Je sentais qu'avec la facture électronique il fallait mettre les bouchées doubles sur le conseil, mais je n'arrivais plus à embarquer. La rupture a été brutale : je ne me sentais même plus chez moi dans mes propres locaux.
J'ai cédé mon cabinet, Arc-en-Ciel, en 2023, à un ancien collaborateur devenu expert-comptable, parce que je voulais qu'il garde sa dimension humaine plutôt que de partir dans un gros groupe. Après une vraie coupure, j'ai repris du service, recrutée chez CERFRANCE comme conseillère agricole. J'y ai beaucoup appris : le monde agricole et ses montages (holdings), un jargon nouveau (EBE, hectares, rendements). Mais j'ai aussi vécu un choc : on m'avait vendu un cabinet innovant, et j'ai découvert des outils et une saisie que je trouvais archaïques par rapport à ce que j'avais construit. J'y suis restée dix-huit mois, portée par une mission : accompagner les agriculteurs, qui en ont vraiment besoin, et qui nous nourrissent.
J'avais d'abord utilisé ChatGPT en perso, pour mon jardin, la rédaction, les réseaux de mon association caritative, et même l'écriture d'un livre et d'un spectacle. En cabinet, avec Copilot, je m'en servais pour des comptes rendus de réunion et des pistes d'optimisation. Je suis passée de ChatGPT à Gemini, et aujourd'hui je travaille surtout avec Claude. L'outil qui m'a le plus aidée, c'est NotebookLM : un RAG multimodal où l'on dépose ses sources (documents, vidéos YouTube) et qu'on interroge sans qu'il aille chercher ailleurs. J'adore sa fonction audio, deux voix qui débattent de vos sources : cela oblige à réfléchir à voix haute et à accepter la contradiction. Chaque vendredi j'en tire un podcast, et chaque mercredi je publie une bande dessinée, « Nathalie se met à l'IA », où je raconte mes déboires avec humour.
Le vrai fléau, aujourd'hui, c'est que chacun utilise son ChatGPT perso en y mettant des données professionnelles. On voit aussi passer des bilans sur WhatsApp ou Telegram, dont les serveurs ne sont pas en Europe. Le sujet RGPD est souvent mal traité : on entend que ChatGPT, Claude ou Copilot ne seraient pas sécurisés, mais quand on va chercher les DPA des versions pro et business, ces outils respectent le RGPD et n'entraînent pas les modèles sur vos données. Avec un plan professionnel encadré, le risque de fuite est bien moindre. Et le sujet devient brûlant avec l'IA Act qui se met en place.
Prenez la tranche 7h-9h : c'est mon temps pour moi. Qui lit, classe et priorise mes mails ? Mon IA, ou mon automatisation, car l'automatisation existait déjà bien avant la mode de l'IA, sauf qu'on ne l'exploitait pas. La différence aujourd'hui, c'est qu'on connecte un modèle de langage à qui l'on donne un contexte et des règles métier. Le soir, après une journée de rendez-vous, l'enregistrement (avec l'accord du client, pour être plus à l'écoute) donne, via un transcript cadré par mes chapitres, 80 % du compte rendu : on rentre chez soi à l'heure. On peut aller plus loin : un agent qui interroge le CRM et prépare un brouillon de réponse, toujours validé par l'expert-comptable. Autre cas : déposer un référentiel comptable et fiscal dans un espace fermé pour créer un chatbot interne qui ne répond que sur ces sources, pour les collaborateurs comme pour l'onboarding, avec même des quiz. C'est un formidable outil d'apprentissage continu.
J'ai toujours entendu que la confiance n'exclut pas le contrôle. Bien sûr qu'il faut faire confiance à l'IA et aux outils, mais il faut une zone de contrôle, et elle peut être tenue par les comptables, qui deviennent les super-contrôleurs de l'IA. Ceux qui ont besoin de vérifier y trouveront un vrai rôle : il y aura toujours des anomalies, mais ce n'est pas parce qu'il y a des anomalies que l'outil est mauvais. Et il faut arrêter de passer par l'exception pour confirmer la règle : on vise un résultat, il ne sera pas parfait, mais la seule perfection, c'est l'imperfection. 80 % de réussite, c'est toujours mieux que zéro.
J'accompagne les cabinets d'expertise comptable autour de trois piliers. Le premier : réinventer les missions, notamment par la spécialisation (l'agricole, le médical, le patrimonial), puisque 80 % sera automatisé et qu'il faut occuper ce terrain autrement. Plus les processus sont clairs, plus on peut les automatiser et les dupliquer : la première mission est la plus longue, ensuite on passe à l'échelle. Le deuxième : la marque employeur, parce qu'on n'aborde pas ce nouveau métier avec les générations Z et Y comme avant, elles sont en quête de sens. Le troisième : l'IA responsable et la gouvernance. La méthode commence toujours par une feuille de route, un rétroplanning sur six mois, avec des quick wins (la lecture des mails, les comptes rendus) pour prouver le gain par de petites actions avant d'embarquer plus loin.
Un accompagnement commence par l'écoute : identifier le responsable, puis le convaincre en montrant où fuit son temps. Mais les équipes doivent aussi y croire. Souvent, les collaborateurs ont envie d'y aller ; ce qui manque, c'est la clarté et la formation. Un entretien annuel ne suffit pas, il est même parfois vécu comme accusateur : on fait peur en disant « vous allez être remplacés » sans donner de solution. J'ai créé, avec Claude, un diagnostic de maturité pour dresser un état des lieux et avancer en coconstruction. On peut initier une automatisation avec un petit groupe qui convaincra les autres, parfois un stagiaire chef de projet. Un jour, en réunion « chapeaux de Bono », la personne au chapeau noir, la plus sceptique, a fini par entraîner toute l'équipe : quand on convainc un sceptique, il embarque tout le monde, parce qu'il n'était pas contre, seulement pas encore convaincu. Le regard d'un tiers extérieur aide : un collaborateur se livre plus facilement qu'à son associé.
Dans la vie, tout revient, comme un cercle. J'ai connu le premier comptable qui faisait de la gestion, allait chez ses clients, les écoutait et les conseillait, comme un médecin de famille. Le cabinet de demain, c'est cela : avec la dynamique de l'IA, l'humain restera, et reviendra même, au centre. Être prêt à aller dans les entreprises, parce que c'est en allant dans les exploitations que je comprenais vraiment le métier. Je disais à mes comptables : va voir ton client, ne te contente pas des chiffres, comprends sa vie. Moi, on m'accueillait avec le café, je n'avais pas envie de partir. L'expert-comptable, c'est un peu le médecin financier de l'entreprise.
On peut me retrouver sur le site de NATAN Consulting, que j'ai construit en une journée avec Claude, et sur LinkedIn, où je publie trois fois par semaine : la bande dessinée le mercredi, et deux rendez-vous le lundi et le vendredi. J'ai aussi mis en ligne un baromètre de maturité digitale des cabinets, une trentaine de questions pour se situer, parce que c'est ce référentiel qui manque à la profession.
Pendant que le marché compare les logiciels, votre cabinet perd chaque année des heures, des honoraires et l'énergie de ses équipes. Ce prix de l'inaction se chiffre poste par poste, et c'est lui qui finance la transformation. La réponse tient en trois piliers.
Automatiser le répétitif pour ouvrir des missions à plus forte valeur.
Attirer, former et garder les talents, dans un métier en tension.
Une organisation qui s'adapte, outillée par une IA cadrée et maîtrisée.
Un fichier client collé dans un assistant gratuit part sous un contrat que personne n'a lu. Le sujet n'est pas d'interdire : c'est de cadrer ce qui existe. Voilà comment on structure.
Du plus mécanique au plus humain : chaque niveau a son rôle, et l'humain reste l'arbitre du sens.
Les outils déjà en place dans le cabinet font une partie du travail répétitif. On part de l'existant.
API, scripts, règles, connecteurs : prévisible, sans IA. Collecte, pointage, contrôles. La brique la plus fiable.
L'IA probabiliste : elle lit, comprend, synthétise, rédige. En mode agentique, elle enchaîne les actions (agents, MCP), toujours encadrée et jamais laissée seule sur une décision.
L'arbitre de sens : décision irréversible, signal faible, arbitrage de valeurs. C'est aussi là que naissent de nouvelles missions.
Le cabinet comptable est le médecin de famille des TPE : la souveraineté numérique se joue là, pas seulement à l'échelle de l'État. Il faut donc une boussole.
La grille de lecture transversale de tout l'accompagnement : ce qui est maîtrisé, ce qui reste à couvrir.
Où sont les données, qui y accède, quels sous-traitants.
RGPD, IA Act, NIS2, secret professionnel, déontologie.
Process réels, outils, usages non encadrés.
Équipe, compétences, budget, référent numérique.
Les objectifs du dirigeant, dans ses propres mots.
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Visio ou présentiel : projets retenus, coût de l'inaction chiffré, feu vert.
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